CHAPITRE I : L'ATTRACTION CHIMIQUE
« L'étude des mathématiques, en comprimant la sensibilité et l'imagination, rend quelquefois l'explosion des passions terrible. »
[Monseigneur Dupanloup]
Il y a des jours comme ça où l'on se dit que tout va mal. Ce genre de journées où l'on sait d'avance que ce ne sera pas la joie, qu'on aurait mieux fait de rester sous la couette, chez soi. Eh bien, c'était une journée comme celle-ci qu'était en train de vivre Sakura Haruno.
Depuis son réveil, tout allait de travers. Premièrement, elle s'était levée une heure en retard. Même sans prendre de petit-déjeuner et se faisant une toilette de chat, elle manqua son autobus et avait dû demander à sa mère de l'accompagner à son kôtôgakkô (lycée). Quand elle y était enfin arrivée, sa montre lui indiquait '7h57', soit sept minutes de retard. Cela ne lui était absolument jamais arrivé, même pas dans une vie antérieure. Elle commença ses cours par du japonais, où son professeur avait donné, à tous ses élèves, un texte de Yasunari Kawabata à analyser pour la semaine d'après. Ensuite, elle avait eu sa leçon en Histoire qui avait pour thème : « l'hégémonie anglaise durant le règne de la Reine Victoria Ière ». Enfin, en cours de Physique/Chimie, elle avait littéralement fait exploser le laboratoire.
Comment avait-elle réussi son coup ? Sakura n'était pas de ces filles qui prenaient leurs cours à la légère. Au contraire. Elle avait tout suivi à la lettre. Elle était très sérieuse, très consciencieuse... peut-être même un peu trop. Quoiqu'il en soit, elle fut tenue pour responsable et s'était fait donner quelques heures de retenues, mais elle devait aussi rembourser l'éprouvette cassée.
Elle eut également droit à un sermon de son professeur sur les dangers domestiques et autres. Pourtant, Sakura était persuadée de ne pas être coupable et, si ce n'était pas elle la responsable, quelqu'un avait forcément trafiqué ses instruments. Mais qui ? Qui serait assez sournois pour faire Ça ? Qui pouvait la détester au point de faire une chose aussi honteuse ? C'est à cet instant-là que la réponse lui sauta au visage. Seul Lui était capable de le faire. Assez stupide pour la faire accuser. Assez innocent pour qu'aucun prof ne lui fasse quoi que ce soit. Oh ! La fleur de cerisier se promit de lui faire passer un sale quart d'heure.
Elle sortit de l'établissement, bien décidée à lui mettre la main dessus. Il ne devait pas être bien loin ; elle a eu largement le temps de connaître ses habitudes. Elle alla vers les magasins qui bordaient la route, accélérant le pas, comme si une force invisible la portait. Ce faisant, Sakura croisa une jeune fille de son âge. Elle agitait ses mains lui demandant clairement de venir la rejoindre. Cette dernière avait les cheveux blonds si dorés qu'on aurait dit du blé, ses yeux se mariaient parfaitement avec le ciel, souvent clair en cette période de l'année. Et son sourire contagieux s'effaça devant la mine de sa meilleure amie.
- Saku, ça va ?, s'inquiéta Ino Yamanaka, on m'a dit pour t...
- Je vais lui arracher les yeux ! Coupa soudainement Sakura.
Ino n'insista pas plus. Elle savait pertinemment de qui sa meilleure amie parlait. Qui ne le savait pas de tout façon ? Ils étaient une vraie attraction à tous les deux. Elle se contenta de la suivre sans prononcer le moindre mot. Nous étions le dix-sept avril et la température devait avoisiner les vingt-cinq degrés Celsius. Par ce temps radieux, Sakura et Ino durent se servir de leurs mains comme visière. Le soleil tapait fort. Sakura scruta de ses yeux verts les alentours et aperçut, au bout de quelques minutes, l'objet de sa convoitise. Il était dos à elle, mais même de dos, elle l'aurait reconnu entre mille.
Elle accéléra les pas, tellement vite qu'Ino avait du mal à la suivre. Elle courut derrière son amie, refusant de l'abandonner car elle sentait que quelque chose se passerait mal si elle la laissait. Un jeune homme releva les yeux, faisant signe à son meilleur ami que Quelqu'un approchait dangereusement.
- T...
- Tiens mais ne serait-ce pas encore aujourd'hui Sakura Haruno, yeah !, dit Deidara de manière arrogante, que me vaut ce déplaisir ?
Si elle le haïssait déjà auparavant, elle le haïssait maintenant encore plus. Personne n'avait eu le courage, non plutôt l'imprudence, de lui couper la parole. Elle le haïssait autant sur un plan physique, qu'un plan psychique. Elle haïssait ses cheveux blonds toujours bien coupés, mais coiffés de manière négligée. Elle haïssait ses yeux bleus qui apparaissaient presque turquoises au contact du Soleil. Elle haïssait ses mains fines délicatement manucurées. Elle haïssait aussi sa silhouette svelte et élancée. Oh oui, Sakura le haïssait, mais ce qu'elle abhorrait le plus était son infatigable 'Yeah !' qu'il prononçait à la fin de chaque discours.
Deidara était beau, Sakura ne pouvait le nier. Il n'était pas à proprement parlé un homme viril, néanmoins il était plutôt bien dans son style. Il n'allait jamais faire tomber les filles qui souhaitent, qui aiment, les hommes aux muscles saillants et à la peau bronzée. Par contre, comme lui avait si bien fait remarquer Ino, il sait parfaitement jouer sur son allure androgyne et sur cette arrogance qui le rendait incroyablement sexy. Sakura n'en avait cure de ces flatteries, préférant rajouter qu'il n'avait strictement rien à voir avec un mâle et qu'elle n'allait pas se contenter un jour d'un garçonnet joliment beau, mais plus d'un homme masculinement beau.
- Ne fais pas l'innocent ! Tu sais parfaitement pourquoi je suis là ! Comment as-tu pu Me faire cela ? Hein, pourquoi ?!, s'énerva-t-elle.
- Oh ! Comment aurais-je pu ?, dit-il faisant mine de réfléchir intensément, mais qui te dit que j'y suis pour quelque chose ? Yeah ! Au moins reconnais la suprématie de l'art. Tu es beaucoup trop terre-à-terre.... En voyant Sakura bouillir sur place - on aurait pu y voir des fumées sortir de ses oreilles - il finit avec le seul mot au monde qui la faisait sortir de ses gonds : Yeah !
- Arrêtes ! Tu sais quoi ? Tu es jaloux, parce que j'ai toujours été meilleure que toi en tout. Mais mon zéro en chimie que j'ai eu par Ta faute, je vais te le faire payer. Oh oui ! J'ai hâte de te voir t'écraser devant moi en implorant mon pardon.
D'un geste beaucoup trop élégant pour être masculin, il se releva de la rambarde d'où il était installé avec son meilleur ami Sasori et s'approcha le plus près possible de Sakura. Ils étaient désormais face-à-face, s'affrontant mutuellement, dans une bataille qu'eux seuls connaissaient.
- Mmh... Ne sois pas plus ridicule que tu ne l'es déjà, Saki-chan. Tu sais, et cela depuis très longtemps, que peu importe ce que tu peux faire, Je serais toujours meilleur que toi. En clair, tu le fais bien, mais je le fais mieux, yeah !
La discussion ne menant nulle part, hormis dans un mur, Ino prit la fleur de cerisier par les épaules et l'emmena le plus possible de son 'meilleur ennemi'. Saku la suivait sans broncher, beaucoup trop préoccupée par le monologue de Deidara. Comment osait-il dire qu'il était meilleur qu'elle ? Elle avait travaillé durement pour avoir les meilleurs résultats de toute l'académie. Sa plus grande fierté était d'être la meilleure en tout. Et lui, ce Fils de Satan comme elle l'aimait l'appeler, lui enlevait le titre sous son nez, la faisant passer pour une fille ridicule.
Ino s'inquiétait de plus en plus de l'état se son amie. C'était loin d'être la première fois que leurs rencontres étaient tendues. Pourtant, on avait l'impression que cette fois-ci Deidara avait franchi un point de non retour. Finalement, force est de constater que sa tirade intérieure allait la rendre complètement folle, décida de continuer la conversation avec sa meilleure amie, oubliant même jusqu'à l'existence de Deidara.
Elles furent vite rejointes par leurs deux autres amies : Hinata et Tenten.
Hinata était la digne héritière d'un clan extrêmement respecté, les Hyûga. Certains disaient que sa famille avait fondé le village de Konoha. D'autres qu'ils étaient simplement les pionniers. En fait, personne ne savait plus trop, cela remonte à si loin maintenant. Elle avait rejoint le duo Sakura/Ino, quand elle était arrivée dans son établissement publique. Jusque-là, Hinata avait des professeurs privés, mais un beau jour elle avait supplié ses parents d'aller dans une école avec d'autres enfants. Ils acceptèrent un peu à contrec½ur, mais son père avait pensé que peut-être sa timidité cesserait. Sa timidité maladive avait avec le temps diminué, mais elle n'avait hélas pas disparu pour autant.
Tenten, quand à elle, faisait partie d'une grande lignée chinoise datant du tout premier Empereur. Le régime communiste les avait forcés à vivre comme des paysans, cependant ce qui les avait définitivement fait fuir leur pays était la persécution des adeptes du Falun Gong. Grande admiratrice de cet art alliant la Tolérance et la Bienveillance, quelques membres de sa famille furent emprisonnés et torturés pour avoir pratiqué cet art ancestral, devenu trop dangereux pour la démocratie populaire. En arrivant à Konoha, elle s'était liée d'amitié avec Ino - elles étaient voisines - et cette dernière lui présenta son trio. Toutes les quatre étaient devenues inséparables, chacune ayant une partenaire de choix. Tenten faisait 'équipe' avec Hinata, et Ino continuait avec Sakura. Tenten était le modèle d'Hinata et Ino était celui de Sakura, cela dit aucune des deux ne l'admettrait un jour.
*
* *
« J'ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l'indifférence. »
[Anatole France]
Il n'y avait que deux personnes qui pouvaient le faire enrager et ces deux personnes avaient un prénom qui commençait par la lettre S. Le S représentant, à juste titre, le Serpent qui Siffle Sur vos têtes. Sasori, d'abord, qui refusait catégoriquement le fait que l'art soit une chose éphémère ; lui acceptait bien que, certaines fois, un art pouvait être un phénomène qui devait se prolonger dans le temps. Il espérait maintenant que le coup de l'éprouvette cassée allait lui faire changer d'avis. Deidara considérait cela comme du pur génie... surtout depuis que L'Autre lui avait demandé comment il avait fait. Dire qu'il avait dû étouffer son fou rire, lorsqu'il avait vu son visage changer de couleur, passant de blanc comme neige à rouge de colère pour finir vert de rage. Qui aurait cru que plusieurs dictons allaient être démontrés par une simple expérience ? S'il était le Fils de Satan en personne, alors Satan lui-même devait être un vrai marrant.
- Explique-moi, tu as vraiment fait exploser son éprouvette ?, demanda le jeune homme roux à ses côtés. Ce ne sont pas des blagues ? C'est vrai ?
- La tête de Sakura quand tout a explosé. Crois-moi, c'était tordant ! S'exclama Temari, une jeune fille avec quatre couettes et au fort tempérament.
- Tout de même, Dei. Tu aurais pu blesser quelqu'un ! C'est grave !, déclara Kankurô, le propre frère de Temari.
- Y'a pas eu mort d'homme, yeah ! De toute façon, je contrôlais parfaitement la situation, dit Deidara pour clore le sujet une bonne fois pour toutes.
Apparemment pas, puisque les trois amis continuèrent leur conversation comme si de rien n'était. Ils se mirent d'accord sur le fait que si Sakura n'avait pas détruit la toile de Dei en cours d'Arts, jamais il n'aurait fait exploser le laboratoire. Seulement, maintenant, ils savaient aussi que Sakura et son groupe allaient se venger... comme d'habitude.
Deidara et Sakura se sont toujours entendus comme chien et chat. Il suffisait que l'un d'eux disent blanc pour que l'autre dise noir. Et c'était ainsi depuis l'arrivée de Deidara dans l'école de Sakura, il y a presque dix ans. Au tout début de leur histoire, la populace avait assuré que cela leur passerait. Quand elle avait remarqué que ça ne s'arrangeait pas, au contraire, elle affirmait alors que cela ne devait plus durer. À présent, certaines mauvaises langues juraient que ces deux-là finiraient un jour ensemble. Que cela n'était qu'une question de temps.
'C'est complètement absurde', pensa le jeune blond, en se mettant une main dans ses cheveux.
- Hein, tu as dit quoi Dei ?
- Mmh... rien.
Il avait pensé à voix haute se dit-il.
La sonnerie retentit ramenant sur terre tous les lycéens de cet établissement. Tous se levèrent, Deidara et son groupe ne faisant pas exception, mirent leurs sacs sur le dos et partirent pour les cours de l'après-midi.
- On a quoi déjà ?, questionna tranquillement Temari.
Sasori fouilla dans sa besace et sortit son emploi du temps. Deidara lui prit des mains le précieux document.
- Oh génial... anglais.
Ce n'était pas la langue en elle-même qui le dérangeait, mais juste le fait d'être en compagnie de son amie de toujours : Sakura Haruno. Décidément, même le sort était contre lui.
À suivre..._______________
Si cela se passe au mois d'avril, c'est pour une raison très simple. Au Japon, la rentrée se passe au début du mois d'avril. Je préfère reprendre ce principe. Autant qu'on reste au Japon.
Ensuite, j'ai repris un vers célèbre de Racine dans la pièce Andromaque : « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? »
J'ai été plus rapide que prévue. Un élan d'inspiration sans doute. Bon, tout de même, je ne pense pas que ce sera toujours comme ça.
Bisous,
Sakura-Akatsuki-Love.